Tensions - Au nord du Kosovo •

Tensions - Au nord du Kosovo •

Tensions au Kosovo – Une histoire de check-point

Nous revenions de Grèce et nous voulions aller en Bosnie en passant par le Kosovo.
C’était fin Août 2011, nous venions de traverser Pristina et une chambre d’hôtel nous attendait à Sarajevo.
A peine sortis de Pristina en direction de Mitrovica, les routes commençaient à changer d’aspect, les cailloux et les mausolées construits sur les anciens charniers au bord de la route remplaçaient le goudron.
Bon, nous avons continué de rouler jusqu’à l’interception d’un premier «check-point», c’était juste un peu après Mitrovica.

Tensions au Kosovo

«Tensions au Kosovo: des affiches «Kosovar is Serbia» avec la tronche de Poutine»

Tensions au Kosovo – La guerre froide entre la Russie et les Etats-Unis
Ce premier check-point était tenu par des indépendantistes serbes vivant sur le territoire du Kosovo.
Refoulés, nous avons été obligés de traverser avec la voiture le jardin d’une maison serbe ou kosovar pour rejoindre une autre route nous menant à un check-point différent à quelques kilomètres de là. Dans le rétro je pouvais lire sur une banderole «Kosovar is Serbia» avec la tronche de Poutine à coté, toujours dans les bons coups celui-là.
Les plages de Grèce me manquaient soudain. Nous avons donc roulé sur cette route, qui devenait de plus en plus austère, avec de gros parpaings de béton, pas de barrières de protection, bref, un sentiment d’angoisse s’installait en nous au fur et à mesure. Et la nuit commençait à tomber. La montagne environnante donnait des frissons. Surtout lorsque l’on songeait au passé sombre des ces endroits, aux massacres perpétrés pendant tout ce vingtième siècle…
D’un seul coup, sur la droite, une dizaine de jeeps de l’armée serbe, j’ai reconnu le drapeau. Il faut dire qu’il y en avait partout à Mitrovica et je commençais à devenir un expert du drapeau serbe.

Tensions au Kosovo

«Tensions au Kosovo: les deux camps ne lâchent rien»

Tensions au Kosovo – Des drapeaux de la Serbie accrochés aux lampadaires
Donc ces jeeps ont déboulé devant nous et ont bifurqué soudainement dans un chemin de terre pour s’enfoncer dans le maquis. De plus en plus inquiétant cette histoire. Nous avons continué notre route. Deuxième check-point: celui de la KFOR (Force armée multinationale mise en œuvre par l’OTAN) on a un peu discuté de la situation et là nous avons compris que nous étions dans un sacré merdier. Sur mon passeport, le tampon du Kosovo, un état non reconnu par le gouvernement serbe donc impossible de passer, puisque nous venions d’un état qui n’existait pas! Il fallait une pièce d’identité nationale sans tampon mais, malheureusement, moi, je ne l’avais pas. Un bourbier qui dure depuis des décennies entre peuple slave et peuple musulman. Après la fouille du véhicule, le KFOR Hollandaise nous laisse passer. On continue troisième Check-Point cette fois la KFOR allemande. Et là, ça ne rigole pas. Une fouille minutieuse. Ma compagne mise de côté encadrée par deux soldats armés et moi en train de guider la fouille de la voiture.
Nous avons repris la voiture avec, cette fois, un sentiment d’angoisse allant en crescendo. Mais nous avons gardé notre sang-froid.

Tensions au Kosovo
La provocation des drapeaux

Tensions au Kosovo

«Tensions au Kosovo: aux check-point c’est l’armée qui gère la zone»

Tensions au Kosovo – L’armée américaine sécurise la zone du nord du Kosovo
Nous avons continué pour arriver à un quatrième check-point, mais cette fois c’était l’armée américaine, les Gi’S, en vrai, je me rappelle du soldat américain originaire du Nouveau-Mexique m’expliquant que la route pour aller théoriquement à Sarajevo ne devrait théoriquement pas être dangereuse j’aime bien ce «ça ne devrait pas l’être». Bon à savoir, un Check-Point est une zone de non droit, c’est l’armée qui gère et tu la fermes, tu as toujours un sniper de l’armée qui te pointe quelque part. Nous avons quand-même vu des soldats faire du hula-hop sur le toit d’un blindé, ils savent s’amuser malgré tout, c’est bien… Nous avons donc continué à rouler et sommes presque arrivés à la frontière serbe, le paysage était de plus en plus glacial et pourtant c’était le mois d’août. Nous avons eu très peur lorsque, en passant dans un tunnel – angoissant – nous avons vu des sacs de sable faire barrage pour nous obliger à passer d’un côté de la route. Nous avons freiné. Que faire ? Continuer ? Faire marche-arrière ? Tout à coup, une volute de fumée en face de nous ? Une trouille bleue mais on garde le sang-froid. “Tant pis, on fonce, on ne peut pas s’arrêter maintenant”. Que faire d’autre ? On a donc continuer à rouler. Quelle ambiance ! Cette fois c’était le check-point de la KFOR française. On a peut échangé, ils nous ont bien fait comprendre de faire attention, dans le coin ils n’aiment pas trop les français suite aux bombardements de l’Otan sur Belgrade il y a quelques années. Nous sommes enfin arrivés à la frontière serbe, cinq heures après, mais là, effectivement, impossible de passer, ils ne pouvaient pas reconnaître le tampon du Kosovo sur nos passeports. Bon là, ça un peu chauffé au poste frontière serbe. Ma compagne a pété un câble ! Nous ne voulions pas repartir en arrière ! Dormir où ? Aller où ? Ils nous ont dit de repartir vers le Montenegro, de le traverser pour aller en Bosnie car eux nous laisseraient passer même avec un tampon kosovar… Quelle absurdité. Le délire. Le pauvre jeune soldat serbe était dépité, il n’arrêtait pas de dire: «Sorry. Fucking Politic», il avait entièrement raison. Bon, notre nuit à Sarajevo était foutue, demi-tour et de nouveau le passage obligé avec fouilles aux mêmes check-points. Les Américains nous ont questionner sur l’accueil reçu à la frontière serbe et ont noté pour rapport exactement tous nos échanges avec les Serbes. Nous avons ensuite décidé de dormir près du check-point de la KFOR allemande, finalement lieu le plus protégé, au bord de la route. Quelle nuit ! Une vache enfermée dans un camion garé a beuglé toute les dix minutes, je me souviens d’un long regard avec ce militaire allemand qui faisait le guet, il était crevé et par la vache et par la situation politique de cette région, nous étions dans l’absurdité la plus totale. Mais bon, lui, c’était son job ! Il connaissait.

Des charniers au
Des charniers au bord de la route

«Tensions au Kosovo: des charniers au bord de la route»

Tensions au Kosovo – Les indépendantistes serbes sont très actifs
A l’aube, nous avons rallumer les feux de la voiture, direction demi-tour pour Mitrovica ! Et là, juste après un virage, une cinquante d’indépendantistes serbes était en train d’installer un barrage, j’ai accéléré et je suis passé de justesse. Leurs visages n’avaient pas du tout envie de plaisanter. Et ils avaient de drôles de trucs dans les mains… Des armes ? Des machettes ? Pas clair.

Juste après cet épisode un peu chaud, nous avons fait une pause toilettes dans une station service, l’horreur. Arrêt dans une supérette dans laquelle les denrées vendues nous plongeaient dans un pays en guerre. Encore aujourd’hui je me demandais ce qu’ils vendaient.
Heureusement, quelques kilomètres plus loin, dans les faubourgs de Mitrovica dans une autre station service nous avons été accueillis par un kosovar adorable, il avait un drapeau américain accroché dans son bureau, je me suis dit que cette histoire était complètement dingue.

Tensions au Kosovo

Ils nous a préparé un bon café et des petits gâteaux, et lui aussi ils nous a dit «Fucking Politic». Il nous a expliqué, en faisant le geste du couteau qui égorge avec sa main, que, si les Américains partaient demain, le génocide recommencerait de plus belle et ils se feraient tous tuer par les Serbes. On se repasse alors dans la tête tous les charniers vus au bord des routes. Terre de sang.

Pour sortir du Kosovo, nous sommes passés par le Montenegro – très joli pays.
Nous avons mis 12 heures pour faire 200 kilomètres.
A la frontière croate, après avoir vécu ces 36 heures d’angoisse, ils nous ont demandé: «Avez-vous quelque chose à déclarer ?». Franchement, nous avons eu un moment d’angoisse. Tellement imprégnés de cette ambiance de danger et d’impossibilité de rentrer chez nous, nous pensions vraiment que, là aussi, ils n’allaient pas nous faire passer. Nous comportions comme si nous avions fait quelque chose de mal, comme si nous n’avions pas le droit de passer la frontière. Et juste après 1 jour et demi d’angoisse. Alors, quel courage pour ceux qui vivent ces situations de peur pendant des décennies.

C’est promis, je reviendrais malgré tout… Mais peut-être pas en Serbie.

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